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chirurgie esthetique pour ou contre

Écrit par Vladimir mitz.

un article d'avril 2018 d'ouest france:

Chirurgie esthétique. « Les patients sont souvent trop impatients »

Une patiente, lors d'une consultation, avant une opération des paupières.
Une patiente, lors d'une consultation, avant une opération des paupières. | Evgeny Atamanenko

Scandales sanitaires, buzz sur les opérations ratées, la chirurgie esthétique n’a pas toujours bonne image. Quelles questions se poser avant de se faire opérer ? Quelles sont les tendances en France et dans le monde ? Pourquoi la chirurgie des organes sexuels est-elle celle qui connaît la progression la plus importante, depuis quelques années ? Entretien avec le Dr Vladimir Mitz, l’un des précurseurs de la chirurgie micro-invasive en France.

En 2016, l’International Society of Aesthetic Plastic Surgery (Isaps) a recensé 20 362 655 actes de chirurgie et de médecine esthétiques, un chiffre en hausse de 9 % par rapport à 2015. De plus en plus de personnes ont recours à la chirurgie esthétique pour améliorer leur apparence ou se sentir plus en accord avec eux-mêmes ; 86,2 % des actes concernent des femmes, mais les hommes - notamment en France - commencent à s’y mettre (lire ci-dessous).

Les actes les plus fréquents ne sont pas chirurgicaux. Il s’agit des injections d’acide hyaluronique (notamment pour combler les rides) et de toxine botulique (le botox, pour figer les muscles du haut du visage et limiter les rides). Côté chirurgie, les actes les plus fréquents sont l’augmentation de poitrine (implants en silicone), et la chirurgie des paupières. Voici les actes les plus fréquents en 2016 :

 

 

 

Les chiffres de l’Isaps ne prennent pas en compte tous les pays. Il manque notamment la Corée du Sud, où la chirurgie esthétique est très pratiquée, avec environ 1,2 million d’actes par an (notamment des ressortissants de différents pays asiatiques qui viennent y faire du tourisme chirugical). Dans le classement de l’Isaps, les États-Unis sont en tête devant le Brésil. La France est en 10e position.

 

 

 

La chirurgie esthétique a une mauvaise image en France ?

Dr Vladimir Mitz - On reste dans l’idée que ce sont des opérations inutiles. Il y a une méconnaissance de l’injustice au niveau du vieillissement et des complexes que cela introduit. Les buzz sur Internet avec des photos d’opérations ratées, et les scandales liés aux prothèses mammaires n’ont rien arrangé.

Celles-ci sont vraiment sûres, maintenant ?

Oui, elles utilisent des matériaux cohérents. Même si on les coupe en deux, ils ne coulent pas. Les prothèses actuelles peuvent durer plus de 10 ans.

Quelle est la proportion de complications en chirurgie esthétique ?

Cela dépend des opérations, entre 0,5 % et 10 %. Pour les plasties abdominales, avec des grands décollements, le taux global est de 10 %. En France, la loi est très stricte, on ne peut opérer quelqu’un que quinze jours après la consultation, pour donner un délai de réflexion. Et on prend beaucoup de précautions avant. À l’étranger, parfois, le médecin ne voit le patient que le matin même.

Selon vous, les patients acceptent de plus en plus mal le temps nécessaire de la cicatrisation ?

C’est l’effet Amazon. Tout, tout de suite. Penser qu’on peut passer d’un avant à un après, sans le temps de la cicatrisation et l’acceptation du nouveau soi-même est une erreur. Cette perception peut être très perturbée par l’entourage. Tout ça pour ça ? Le chirurgien a deux ennemis. La cicatrisation et l’infection. On comprend comment certaines cicatrices deviennent pathologiques mais on ne sait pas accélérer la cicatrisation. Ce qu’on peut faire, c’est ne pas nuire. Dans mon livre, j’explique que la perception de raté chirurgical n’est pas toujours la même pour le patient et pour le médecin. Si un problème arrive, on peut le plus souvent le rattraper.

 

Le chirurgien esthétique Vladimir Mitz. | Flammarion

 

Comment savoir si on est prêt ?

Il faut une relation de confiance avec le chirurgien. La fiabilité du patient, ce n’est pas que le compte en banque, mais savoir s’il va encaisser le choc opératoire. Après un deuil, une rupture, ce n’est certainement pas le bon moment. Il y a parfois des complications psychosomatiques, comme l’apparition de coques autour de prothèses mammaires, parce que le patient n’était pas prêt. Selon moi, le médecin de famille reste le nœud de la bonne orientation. Il ne faut pas le laisser dans le secret, de façon à avoir son avis. Le chirurgien a un pouvoir qu’il doit conserver, le pouvoir de dire non. Et ce n’est pas facile, des clients peuvent être furieux…

Aller se faire opérer à l’étranger pose vraiment problème ? On comprend que cela n’arrange pas les affaires des chirurgiens français…

À l’étranger, les Français vont essentiellement dans les pays du Maghreb et un peu dans les pays de l’Est. Les chirurgiens marocains ou tunisiens sont généralement compétents, ils sont pour la plupart formés dans les universités françaises. Ils ont la capacité technique, mais le problème est que ce ne sont pas eux les référents directs, mais un organisme de tourisme. Cela ne se passe pas toujours mal, mais il y a un problème de suivi. C’est vrai, c’est moins cher, entre un tiers et 50 % de moins qu’en France.

Votre grand concurrent est la médecine esthétique…

Deux molécules, le botox et l’acide hyaluronique ont changé la donne. Les opérations de médecine esthétique ont dépassé celles de chirurgies, plus invasives. Et les liftings ont été en grande partie remplacés par la technique des fils crantés ou tenseurs, qui a fait des progrès, c’est vrai.

 

Le scandale des implants défectueux de la société PIP a terni l'image de la chirurgie esthétique, mais l'augmentation mammaire reste l'opération la plus pratiquée en France et dans le monde. | Reuters

 

Quelle est la chirurgie la plus pratiquée en France ?

L’augmentation mammaire, suivie par la liposuccion, qui, pour être réussie, demande un effort personnel. Il faut perdre des kilos en amont et la patiente ne perd pas les kilos qu’elle veut perdre. La graisse sur le corps féminin est organisée comme un abricot, il y a la chair et le noyau. Ce qui est programmé génétiquement est le noyau qui grossit progressivement. La chair est événementielle, c’est ce qu’on mange, le sport…. Le chirurgien aura beau enlever le noyau, si la chair continue de croître, le progrès ne sera pas visible.

 

 

 

Quelle est la part de la clientèle masculine ?

Environ 15 % et elle augmente. Avec deux étages, les paupières à partir de la trentaine, et vers 50-55 ans, quand le pneu apparaît. Et, ce qui est moins connu, la gynécomastie (le développement excessif des glandes mammaires), qui peut apparaître tôt et ne part pas toute seule.

Il y a des spécificités françaises ?

La quête du naturel, par opposition aux anglo-saxons, même si ça commence à changer chez eux aussi. Quand je faisais mes études aux États-Unis, si on faisait un lifting, il fallait qu’on le voie. Cela indiquait qu’on avait pu se payer un chirurgien capable d’effets spectaculaires. En France, le chirurgien doit rester invisible. Il est dans le cœur de la patiente mais c’est tout. La patiente attend qu’on lui dise « tu as bonne mine »« tu as l’air en forme ». Mais surtout pas qu’on lui dise : « Ah, tu as fait un lifting, toi »

Les techniques de chirurgie micro-invasives continuent à évoluer ?

Elles sont constantes et elles ont été immenses. Exemple pour les liftings du front. Avant on ouvrait d’une oreille à l’autre, on abaissait le masque facial et on allait opérer sur le muscle frontal, relever les sourcils, enlever les muscles qui créent les rides du lion. Un chirurgien américain a eu l’idée de faire des petits trous et d’utiliser l’endoscopie utilisée dans la chirurgie digestive. Puis est arrivé le botox et cela a été en partie mis au rancart. Mais on fait maintenant des liftings plus léger, avec peu de décollements, sans forcément couper les ligaments. On peut les replacer. C’est le microlift, qui se fait en ambulatoire.

En matière de lifting. Pendant longtemps, on a manqué de ciment pour donner une jolie forme. Puis on s’est rendu compte qu’on pouvait utiliser la graisse, avec la technique du lipofilling, qui continue à évoluer. Pour l’instant, on n’arrive qu’à 30 % ou 40 % de survie des adipocytes. Elle a d’abord été utilisée pour des reconstructions du sein après cancer, pour des patientes qui ne voulaient pas de prothèse. Pour quelqu’un qui voudrait augmenter sa poitrine, on n’arrive qu’à un demi-bonnet par séance. On ne peut pas injecter de la graisse comme de la crème chantilly.

Vous estimez que la chirurgie esthétique soit accessible aux adolescents. C’est vraiment pertinent ?

Ma première préoccupation est de savoir si le problème est réel. Si oui, il faut trouver un consensus familial, qui n’est pas toujours facile à trouver.

Quel est l’âge minimal, selon vous ?

Quatorze ans. J’ai opéré des jeunes filles de 14 ans avec des hypertrophies mammaires extrêmement importantes. Des garçons de 15 ans avec des nez problématiques. On le fait classiquement pour les enfants avec des oreilles décollées dès l’âge de 7 ans, mais c’est mieux accepté par la société.

Certaines techniques de chirurgie esthétique autorisées ailleurs sont interdites en France ?

La liposuccion au laser. Au début, les systèmes n’étaient pas très au point, il y avait des risques de brûlure. Maintenant, le matériel est plus fiable.

Quelles sont les tendances récentes au niveau mondial ?

L’augmentation des fesses, par lipofilling et prothèses de fesses. Notamment en Amérique latine, où les femmes tiennent à avoir des fesses voluptueuses. Le cas de Kim Kardashian a accéléré le mouvement, et il y a maintenant des demandes en Europe. Mais plutôt par lipofilling.

Le second phénomène est lié au développement de la chirurgie bariatrique (la chirurgie permettant des pertes de poids très importantes chez des obèses). Elle permet de faire perdre, parfois, jusqu’à 100 kg, ce qui entraîne des désordres considérables au niveau cutané. Il a fallu adapter des opérations anciennes. Si nous étions des tailleurs, ce serait comme apprendre à faire des vestes les plus étriquées, possibles là où avant on taillait des capelines. Aux États-Unis, on peut trouver six chirurgiens travaillant ensemble pendant 18 h pour qu’il n’y ait qu’une seule opération. Je pense que c’est dangereux d’opérer au-delà de quatre heures. Il vaut mieux faire plusieurs opérations. Mais sur ce point il n’y a pas consensus.

Le troisième phénomène, est le développement, le plus important en pourcentage, de la chirurgie intime. Surtout la labiaplastie.

La chirurgie des petites lèvres aurait augmenté de 45 % entre 2015 et 2016. Comment l’expliquer ?

Dans certains cas, des petites lèvres trop développées sont une véritable gêne pour des femmes, pour faire du vélo ou lors de l’intromission. Mais il y a un mouvement de mode, lié en partie aux réseaux sociaux, et à celle des maillots très serrés. En Californie, des femmes demandent à ressembler en tout point à une poupée Barbie, avec les petites lèvres ne formant qu’un mince liseré.

Une autre tendance récente est la diminution de la taille du vagin après une grossesse, ou, en médecine esthétique, le développement du point G en injectant de l’acide hyaluronique…

 
 

Vladimir Mitz est l’auteur de nombreux ouvrages sur la chirurgie esthétique. Le plus récent est Chirurgie esthétique : pour ou contre ?, Flammarion, 198 pages, 18 €.